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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 09:04

Hier, j'ai fait une matinée voiture pour aller chercher un vélo que j'ai acheté à un monsieur rencontré grâce à internet.(ça fera l'objet d'un prochain article)

Seul au volant, je me suis mis quelques CD de Jazz que je n'avais pas écoutés depuis longtemps. Des soufflants "époustsoufflants":

-Joe Lovano dans "Joyous encounter" où le new Yorkais exploite son Ténor tout en douceur avec des subtiles phrases venues de très loin ...

-Dexter Gordon avec "The Jumpin'Blues" et le "Blue Train" du grand John Coltrane (mon premier CD  de Jazz). 

J'étais détendu, enfermé dans ma caverne à roulettes, je pouvais commencer à déguster seul, les multiples improvisations des 3 ténors, voyager à dos de notes sur les harmonies empruntent de misères, de cris, de joies et d'amours...

En entendant les premières notes puissantes de " For sentimental reasons" distillées  par Dexter, ma gorge s'est serrée et j'ai commencé à chanter à haute voix le chorus magnifique que j'ai tenté d'apprendre il y a quelques années. Chorus assez long que je connais presque en entier pour l'avoir écouté un nombre incalculable de fois.

Au milieu du chorus, je me suis arrêté de chanter malgré moi. L'émotion était à son comble, des larmes se mirent à couler doucement le long de mes joues: c'était bon ! Qu'est-ce que j'aime cette musique: il y a tout dedans.

Le Jazz, c'est la vie !

Dexter raconte, crie, sussure, engueule, pleure, se marre, le saxophone a presque disparu, il n'est plus qu'un support qui sert l'expression des sentiments.

Le Jazz est une musique que l'on a en soit ou qu'on a pas. Elle est là au fond de nos âmes et elle n'attend qu'un déclic pour sortir. Je me souviens, lorsque j'étais jeune dans les années 70, je regardais la plupart des feuilletons à la télévision. Une télévision aux choix limités: 3 chaînes.

Les Mannix, Magnum, Mission impossible, Starcky et Hutch, La croisière s'amuse, Le prisonnier, Chapeau melon et botte de cuir, Les mystère de l'Ouest, L'inspecteur Harry,etc, avaient tous un dénominateur commun: Leur musique de générique...Musiques de génériques venues  tout droit des musiques vivantes de la soul, du Funk, du Latin Jazz et du jazz... J'aimais beaucoup toutes ces musiques et j'étais souvent frustré car le générique ne durait bien souvent qu'une minute, laissant dans l'ombre et le silence des joyaux d'improvisations, de Riffs, de pulse, de ponts en suspends...

Lorsque j'ai été amené à choisir des musiques profondes, des musiques vivantes, des musiques avec lesquelles j'avais besoin de communiquer, j'avais besoin d'être en osmose, j'avais besoin d'exprimer; je me suis tourné tout naturellement vers ces musiques là... Ça me parlait, ça m'appelait...

Tout ceci a été possible grâce à des gens qui m'ont donné envie de plonger dedans sans attendre, des gens qui m'ont donné ma chance, des gens qui ont su me transmettre leur passion musicale. Il suffisait d'une étincelles; ces gens avait la flamme et ont su allumer la mèche...

À la fin des années 90, les gens n'avaient sur la bouche que le chiffre 2000. Tous les gens étaient comme galvanisés par ce changement de Siècle et de Millénaire. Je n'y échappa pas ! Je cherchais à faire quelque chose d'original. Le voyage à vélo me parlait déjà et j'avais en idée de découvrir l'Irlande à vélo durant 15 jours. Mais entre-temps, le hasard des rencontres a fait son travail... 

J'étais sensible depuis longtemps à la musique et la guitare me plaisait beaucoup malgré une expérience difficile aux allentours de mes 20 ans...où je caressais le doux rêve de jouer comme un virtuose en peu de temps (Lorsque j'étais jeune, la patience et moi faisait deux)

À cette époque, j'étais très lié à un certain Sylvain. Ami épicurien, saxophoniste, sportif accompli et cuisinier de grand talent. Je connaissais peu le côté musicien du personnage. Sylvain n'évoquait pas souvent cette passion (je compris plus tard les raisons de son silence volontaire). À force de le questionner sur une éventuelle possibilité de prendre réellement des cours de guitare avec un prof, il me fit toucher du doigt ce que je recherchais mais que je ne savais pas exprimer. Il me demanda quel style je voulais jouer et à ma réponse du "Blues" , il ne lui fallu pas longtemps pour me convaincre d'aller plus loin et pour la première fois le mot Jazz était évoqué... Le Jazz, je connaissais mais pour moi cela restait une musique intimiste à écouter en fond sonore lors des soirées cocktails. La relation était encore fragile entre ce que j'avais entendu jeune et ce que je pensais du Jazz à ce moment-là.    

Sylvain me dit qu'il n'y a pas le Jazz mais des Jazz !Il se proposa de faire mon éducation Jazzistique. Rendez-vous fut pris pour un samedi après-midi chez lui. Cette écoute musicale commentée dura 4 heures d'affilé, 4 heures au cours desquelles je compris l'essentiel. Tout y passa: les voix, l'harmonie, les riffs, les ponts, les chorus, le jeu de réponse entre musiciens, les Big Band, la Bossa, les différentes interprétations d'un thème, les intros, les subtilités rythmiques,etc.

J'avais mis le doigt dans un engrenage, sans savoir qu'un retour en arrière serait impossible. Cette musique me parlait et je commençais à sérieusement me Jazzyfier. Après quelques mois d'écoute intensive, Sylvain me dit que j'étais près pour aller voir un artiste de Jazz en Live...Ce fut un 15 décembre 1999, à l'avant scène de Bordeaux(haut lieu dédié au Jazz aujourd'hui disparut). Ce soir-là, je reçu un gigantesque coup de massu. Devant moi, à seulement quelques mètres, je vis 5 musiciens jouer les standards que j'avais déjà dans l'oreille, avec une classe incroyable. C'était à la fois puissant, souple, aérien, sensuel... Du très haut niveau ! Je pris en pleine figure les notes altérées et très colorées d'un saxophoniste Ténor de renomée internationale: Francis Bourrec. Je ne m'en remis pas...Je partai pour un long et beau voyage sur un tapis d'harmonie aux colorations infinies....

Quelques jours plus tard, je décidai de débuter sérieusement la musique en 2000...Et ça ne serait pas la Guitare mais le saxophone. Désormais, plus rien ne pourrait m'arrêter dans ma quête du voyage sur la vague bleu du Jazz. 

L'argent que j'avais mis de côté pour un voyage en Irlande fut utilisé pour m'acheter un saxophone Alto d'étude de marque Yamaha , modèle Yas 25. J'achetai ce magnifique objet juste au début des vacances d'été. Avide de commencer rapidement, je trouvai un prof de saxophone libre en cette période estivale en la personne de Thibaut Seguin, un professionnel extraordinaire, auteur, compositeur, chanteur et saxophoniste possédant un son fin et léger à la Stan Getz. J'appris chez lui bien plus que la musique, bien plus que la pratique d'un instrument...entrer dans l'antre musical de Thibaut, c'est comme pénétrer dans un univers merveilleux...Le personnage est aussi philosophe, penseur, épicurien, mais c'est surtout un formidable prof de musique, particulièrement pour un débutant au sax. En deux années de cours sous sa houlette, à raison d'une heure par semaine, j'ai tout appris (sans apprivoiser mais en tentant d'improviser sans pavoiser). Je ne suis sorti de ses cours qu'une seule fois dégoûté par l'instrument; me demandant si j'avais fait le bon choix. Tout le reste du temps, je suis sorti de ses cours avec la banane, le sentiment profond d'avoir compris quelque chose, d'avoir franchit un palier... Ces 2 années furent un pur bonheur pour moi, je posai là les bases de ma musique, de mon parcours, de ma passion.

Ensuite, je suis allé découvrir d'autres univers sous la direction théorique et technique du sax d'un certain Jean-Luc Parreau, qui officie avec talent dans plusieurs groupes de la région Bordelaise...Il a mis l'accent sur l'improvisation...J'ai compris alors qu'il y avait du travail, beaucoup de travail, énormément de travail et que ce ne serait pas demain la veille que j'improviserai comme mes musiciens préférés... Entre temps, je changeai d'instrument. Passant d'un sax alto d'étude à une "ferrari" Tenor Selmer datant d'une époque où le jazz était encore une musique fort appréciée et encore très écoutée (1966). Je remercie mon papa Claude de m'avoir permit de poursuivre l'expérience Jazzistique grâce à ce magnifique instrument offert. Je pris également des cours d'harmonie et de formation avec Joseph Ganter, pianiste Bordelais bien connu du milieu...Personnage haut en couleur (sans jeu de mot, je rajoute ça pour le cas où il me lirait un jour), meneur et chef d'orchestre hors pairs , pianiste de grand talent...J'ai fait de formidable rencontres durant cette période...des gens avec qui j'ai joué longtemps comme Pierre Criqui et Michel Lalanne en particulier.

Puis est venue l'heure d'une rencontre complètement incongrue. Le genre de rencontre que l'on ne vit qu'une fois dans sa vie. Grâce à mes origines Béglaises, j'ai eu l'opportunité de jouer dans un orchestre d'une association Béglaise. Mais pas n'importe quel orchestre: Un BIG Band de Jazz ...Le JCC Big Band de Jean-claude Corbas (pianiste et Trompettiste)... Je serai éternellement reconnaissant à ce Monsieur (avec un grand M). Il avait créé son Big Band autour de copains musiciens mais il trouvait que ça manquait de gens du cru; de Béglais. Rapidement, Jean-Claude me mit à l'aise et me demanda simplement de venir souffler du Riff de cuivre lors d'une répétition. Sans aucune autre forme conventionnelle. Comme ça, sans audition, sans test, viens et "tu suis les locomotives" me dit simplement Jean-Claude. Lors de la première répèt, je pense avoir joué que 15% des morceaux...y avait du boulot...Quel pied de se retrouver au milieu d'une telle machine à swinguer...tellement excité par ce que je vivais que j'eus beaucoup de mal à trouver le sommeil après les premières répétitions...Grâce à vous, j'ai tutoyé Duke Hellington, Count Basie et tous les autres...Il y eut de réels moments de plaisirs de l'oreille, lorsque vous nappez le Gâteau Jazz à grand coup de phrases veloutées au sax et que derrière, les trombonnes saupoudrent tout ça de notes sucrées, que les trompettes balancent des phrases chocolatées à grands coups de notes attaquées piquées...que la rythmique s'en donne à coeur joie au fournaux du Swing et de la pulse: vous n'avez qu'un seul sentiment qui pointe au milieu de votre poitrine: LA JUBILATION...Vous ne touchez plus terre, c'est de la lévitation, du rêve éveillé !

Aujourd'hui, je souffle occasionnellement dans mon ténor et parfois, lorsque je tente d'improviser quelques notes sur des standards et que l'émotion me tenaille au moment où je pense avoir joué une belle phrase pleine de sentiments, je repense à tous ces moments et à tous ces gens ...

 

Récemment, j'ai participé à un concours de nouvelles (oui, l'écriture est une autre grande passion) sur le Jazz à l'occasion du Festival de Jazz du Puy en Velay...Mon texte n'a pas été primé (un seul texte retenu sur 50 nouvelles) et comme il m'appartient, je me permets de vous le livrer à vous tous qui aimez ou découvrez cette univers Jazzistique.(Le style était libre alors je me suis lâché sur les métaphores; j'adore ça) Ce texte, je le dédie à toutes les personnes que j'ai citées dans mon article...

Sylvain, Thibaut, Jean-Luc, Claude, Joseph, Pierre, Michel, Francis, Jean-claude et tous les autres: C'est pour vous !

 

Cette nouvelle s'intitule: RÉUNION

 

 

 

 


 

                                         RÉUNION

 

 

Perché sur son support de repos, il a belle allure avec ses boutons de nacre patinés bien alignés, comme s’ils refermaient un costume serré, mi-doré, mi-argenté. On croirait distinguer dans ses reflets la silhouette de Marilyn Monroe et sa gold robe cousue sur elle par un grand couturier. Faut dire qu’il est sacrément bien campé le disciple de John avec ses courbes harmonieuses et son fier profil aux allures altières du héron sur un pied. Le bec usé et encore marqué par les dernières attaques piquées, le jabot maculé de traînées salivaires, témoins de gargantuesques festins de notes aux saveurs colorées sans jamais se dés-altérer, au contraire ! Elles ont commencés il y a longtemps les frasques musicales, les libertés nouvelles aux possibilités tonales. Ce soir, il n’est pas la seule vedette. Pourtant, c’est souvent les soufflants que l’on admire, attirés que nous sommes, comme des pies, par tout ce qui brille. À moins que ce ne soit pour la performance physique ? Les saxophonistes me font penser à des souffleurs écarlates qui façonnent leurs notes de cristal dans la fournaise d’une verrerie de la rive gauche. Saltimbanques jonglant avec ses baudruches remplis d’air viscéralement puisé aux sources des sentiments. Arlequin sautillant d’une harmonie à l’autre sur les tensions carnavalesques de nos misères. Artisan serrurier se jouant du clétage sur les combinaisons des suraiguës cambrioleuses de nos cris libérateurs. 

Markattend son heure sous les projecteurs  à demi allumés. Dans la salle, quelques personnes s’avancent en silence. On s’approche de la scène pour admirer les instruments des dieux créateurs et on prend place à sa convenance.

 

Markest bien entouré pour cette soirée exceptionnelle. La fameuse all Starts comme on la nomme outre atlantique. À sa gauche et en retrait, une petite estrade, sur laquelle est juchée une batterie de cuisine à rythme. Elle porte les nombreux stigmates, les bosses, les éraflures que son chef du tempo a laissé en guise de signatures. Les Zildjian en ont vu passer des recettes rythmiques avec leurs têtes gondolées par les subtils dosages syncopés du maître. Au fond des tomes sont nés des rondes onctueuses, des blanches montées en neige, des noires saupoudrées, des croches en boucle et des triolets fouettés. La peau des gamelles ne porte plus de noms, qu’importe ; on l’a rebaptisera Jones ! Et même sans personne sur le tabouret, elle suinte aux goûts de mille tambouilles improvisées, mille mets très différents avalés par nos oreilles gloutonnes. Il suffit de fermer les yeux et de battre du pied pour l’entendre vibrer et chanter au fin fond du temps de la liberté : Elle vit Jones !

 

Derrière le rutilant Ténor, une drôle de bonne femme légèrement penchée se pavane. Elle a la peau café au lait, les hanches proéminentes et le fessier bombé. Sa fine tête racée trône au sommet d’un long cou. Tout en haut, des volutes de cheveux ondulants d’où se détachent quatre gros bigoudis argentés plantés de manière symétrique. Elle est drôlement sexy ceint de son Bikini à  quatre fils : Le bas mis là et le haut au Ré du Sol. Il faut l’entendre marcher sur les vocalises lourdes et grasses ; à côté d’elle la grande Sarah Vaughan avait une voix de fillette. Discrète mais bien présente, on en pince pour elle ! Charlie, son souteneur, la protège, l’aime et lui fait faire les pires galipettes musicales. Il lui fait danser le Be-Bop mais sans Lula car Charlie est fidèle à ses ressentis et fait plutôt dans le Hard que dans le Rock. Il l’a caresse, l’effleure, la fait craquer, la fait couiner et entre dans des colères monumentales lorsqu’on s’approche trop près d’elle. Il ne laisse pas la main d’un gus lui chatouiller la colonne vertébrarmonique.  Elle a toujours apporté sa douceur et sa rondeur communicative malgré les excentricités de l’homme qui lui donnait vie. Il allait chercher au plus profond des boyaux de la belle, l’originalité subversive et l’émotion déroutante d’une création originale.

 

Tiens, le public se fait plus nombreux d’un coup, on entend ça et là des chuchotements ébahis.

 

De l’autre côté de la scène se dresse un meuble étrange. Un meuble noir brillant qu’on pourrait qualifier d’austère s’il n’avait pas une inscription en lettre d’or sur ses flancs, et une large bouche rieuse aux dents blanches dominantes. À chaque fois que je regarde un piano le pupitre ouvert et les touches offertes, j’ai l’impression de voir apparaître le sourire immense de Ray Charles, pianiste non voyant qui marqua l’histoire de la Soul et du blues. Cet énorme instrument fut jadis martelé par les mains de fée d’un musicien hors normes, tant par la taille que par le talent. Une comète qui traversa l’univers du Jazz beaucoup trop vite. Michel se servait de ses doigts fragiles, presque aussi légers que l’air, comme des baguettes de tambours aux rebonds rapides sur les touches d’ivoire. Une particularité qui fit de lui un pianiste virtuose, se jouant des doubles croches-pieds-de-nez avec une facilité déconcertante. Le steward du Steinway nous a souvent emmené en voyage vers les contrées stratosphériques de la mélodie goutte de pluie. Sa vie s’est déroulée à la vitesse du son avec loopings permanents. Tout était tracé sur une ligne, à la fois supersonique et pleine de tendresse. La main droite virevoltante comme un papillon agile et fragile à la fois. La main gauche tranchante et précise comme l’éclair. À bord de cet avion sans pilote, la fin du voyage prit une coloration bien sombre.

 

Ce tour d’horizon scénique se termine en son centre. Posée sur une chaise en bois usée par le temps, une sorte de tamis de la même matière semble être sortie d’un autre âge. Ses cordes ont été remplacées pour l’occasion. C’est très certainement l’instrument universel le plus joué dans le monde. Cette « raquette » aux multiples possibilités harmoniques a été portée au firmament de la musique par un champion à la technique originale. D’abord barjot du Banjo, il est devenu par la suite jobard de la guitare dans le but de rééduquer sa main gauche brûlée. Un handicap presque rédhibitoire qu’il surmonta par une gymnastique de doigtés improbables, antiacadémiques. Mais le Jazz, lui même, est-il académique ? Seulement trois doigts pour tendre le cordage. Aux fils des mi la ré sol si mi, c’est devenu une référence chez les sixcordistes de tous bords. Vainqueur absolu sur terre manouche. Champion du revers swingué, forçat du barré croisé de la main gauche, spécialiste hors catégorie de la montée au filet mélodique. La musique au service du feeling échangé ; c’est Django le renard rusé, toujours des balles neuves colorées pour conquérir le cœur du public lors des soirées Hot dans les clubs de France.

 

Dans la salle presque comble, les gens semblent s’impatienter. Les murmures ont fait place aux discussions à voix hautes. On attend. Par quel morceau ça va commencer ? Ce sera un standard ou une composition ? Qui débutera par une intro infernale ? Lequel suivra avec le thème ? Chaque instrument attend celui qui lui donnera son épaisseur, sa vivacité musicale, sa personnalité. Il a une chouette gueule ce groupe impossible. Il ressemble à tous ces groupes que l’on rêve de voir se former le temps d’un concert ou pour l’éternité. Les orchestres de Jazz sont à l’image de la musique vivante qu’ils produisent : Éphémère. Et lorsqu’on n’a pas la chance d’être dans le public le jour J, il nous reste les enregistrements qui confèrent à ces moments uniques et rares, une touche d’infinie, un repère sonore aux portes de l’intemporel. On imagine voir apparaître John entre les rideaux. Costume sombre, démarche lente et féline, le regard vers l’ailleurs, vers les rivages stellaires de ses recherches harmoniques impossibles. Va-t-il nous envoyer un ouragantesque  pas de géant  dans les gencives ou va-t-il nous faire impression en se jetant corps et âmes dans la grille de Naïma ? Michel « Little Big Man » suivrait sans doute avec l’aide de ses béquilles et d’un geste vif et précis répété des milliers de fois, il sauterait sur son siège, les pieds calés sur son rehausseur de pédale, prêt pour attaquer sur les chapeaux de roues un «  Take de A train » dont il a le secret. Charlie arriverait en traînant sa Babasse par la tignasse. L’œil torve et vociférant, faisant passer ses colères légendaires par le biais de sa bonbonne femme, d’où remonterait un lyrisme atypique des profondeurs de ses fesses de résonnance. Elvin bousculerait tous les morceaux à grands coups de pulse venues du fin fond de son âme Africaine. Quant à Django, il serait là, assis sur sa chaise, petit foulard de soie autour du cou, l’air serein comme à son habitude et viendrait dissiper le dernier nuage de doute en offrant un swing mineur planant et délicieux.

 

Soudain, la lumière se fait plus vive au dessus de la scène. Les projecteurs ont ouverts grands leurs yeux. Presque instantanément, le public applaudi avec beaucoup de ferveur. Il ne s’y est pas trompé ; Ce Quintet mérite la claque. Sur le côté, un homme fort bien habillé s’avance vers ce qui ressemble à un pupitre. Il ajuste le micro qui lui fait face et dit :

 

  -- Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, je vous remercie d’être venus nombreux. Nous allons commencer la soirée par le saxophone Ténor de marque Selmer, modèle Mark 6, année 1963 ayant appartenu à John Coltrane…mise à prix…

 



 


 

 

 

 

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